Les monuments Canadiens en France et en Belgique.

MONUMENTS CANADIENS EN EUROPE

Les treize monuments commémoratifs canadiens de la Première Guerre mondiale ont été érigés en l’honneur et à la mémoire des réalisations et des sacrifices des Canadiens et des Terre-Neuviens durant la Grande Guerre. En mai 2001, le gouvernement du Canada a annoncé un important projet de restauration prévoyant le financement de 30 millions de dollars pour des travaux de restauration et de remise en état des lieux commémoratifs canadiens en France et en Belgique. Ce projet vise à assurer la préservation des lieux, pour qu’ils puissent être visités dans le respect et la dignité. La restauration du Monument commémoratif du Canada à Vimy est terminée depuis le 2 avril 2007, et le site est de nouveau accessible au public.Huit de ces monuments commémoratifs sont érigés dans des champs de bataille canadiens significatifs : la crête de Vimy, le bois de Bourlon, Courcelette, Dury, la côte 62 (bois du Sanctuaire), Le Quesnel, Passchendaele et Saint-Julien. Les cinq autres monuments sont érigés à des endroits qui revêtent une importance historique pour l’entité distincte qu’était le Dominion de Terre-Neuve : Beaumont-Hamel, Gueudecourt, Monchy-le-Preux, Masnières et Courtrai. Ensemble, ces lieux représentent les Canadiens et les Terre-Neuviens qui ont donné leur vie durant la Première Guerre mondiale et perpétuent le souvenir de leurs sacrifices et de leurs victoires.Ces monuments ont en moyenne plus de 75 ans et leur remise en état nécessitait plus qu’un entretien de routine. Le plan de travail a été exécuté en collaboration avec Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, la Commonwealth War Graves Commission et d’autres spécialistes, experts-conseils et spécialistes en histoire militaire. Le plan de travail comportait quatre projets, celui de Vimy ayant la priorité.VimyL’hommage le plus impressionnant que le Canada a rendu à ceux de ses citoyens qui ont combattu et donné leur vie au cours de la Première Guerre mondiale, a trouvé son expression concrète dans le Monument Commémoratif du Canada à Vimy, qui surplombe majestueusement la plaine de Douai du sommet de la crête de Vimy, à environ huit kilomètres au nord-est d’Arras. Le Monument fait plus qu’indiquer l’emplacement des combats dont les Canadiens tirent plus de fierté que de toute autre opération de la Première Guerre mondiale. II représente un hommage à tous ceux qui ont combattu pour leur pays durant ces quatre années de guerre et, en particulier, à ceux qui ont donné leur vie. Sur le socle du Monument, sont gravés dans la pierre, en français et en anglais, les mots suivants : À LA VAILLANCE DE SES FILS
PENDANT LA GRANDE GUERRE,
ET EN MÉMOIRE DE SES SOIXANTE MILLE MORTS,
LE PEUPLE CANADIEN A ÉLEVÉ CE MONUMENT
Sur les parois du Monument, sont inscrits les noms de onze mille deux cent quatre-vingt-cinq soldats canadiens « manquant à l’appel et présumés morts » en France.Le terrain du parc de ce champ de bataille, d’une superficie de 91,18 hectares (deux cent cinquante acres), « est un don de la nation française au peuple canadien », comme l’indique une plaque à l’entrée du Monument. II a fallu onze mille tonnes de béton et de maçonnerie pour ériger la base du monument et cinq mille cinq cents tonnes de pierre, importée de Yougoslavie, pour les pylônes et les sculptures. La construction de cet ouvrage gigantesque commence en 1925; onze ans plus tard, le 26 juillet 1936, le roi Édouard VIII dévoilait le Monument commémoratif du Canada à Vimy.Le parc qui entoure le Moonument est l’oeuvre d’experts en horticulture. Une multitude d’arbres et d’arbustes du Canada y ont été plantés pour rappeler les bois et les forêts de chez nous. Autour du Monument, au-delà des coteaux verdoyants qui y mènent, s’étendent des parcs boisés. À la vue des tranchées et des tunnels parfaitement restaurés, le visiteur peut imaginer l’énorme tâche que le Corps d’armée canadien dut accomplir ce matin historique, il y a bien des années.BOIS DE BOURLONL’attaque qui permit de franchir le canal du Nord est commémorée aujourd’hui par le Mémorial du bois de Bourlon, érigé sur un terrain donné par le comte de Franqueville, alors maire de Bourlon. Ce grand bloc de pierre, élevé sur le sommet d’une colline et accessible par un escalier de pierres bordé de terrasses, porte l’inscription suivante:LE 27 SEPT. 1918 L’ARMÉE CANADIENNE FRANCHIT LE CANAL DU NORD ET CONQUIT CETTE HAUTEUR. ELLE PRIT CAMBRAI, DENAIN, VALENCIENNES & MONS: PUIS AVANÇA JUSQU’AU RHIN AVEC LES ALLIÉS VICTORIEUXDes tilleuls centenaires forment une arche au-dessus de l’escalier. Ce sont les mêmes arbres qui étaient là à l’époque et qui ont été déchiquetés par les obus, mais qui sont redevenus robustes avec le temps. Les terrasses sont plantées d’une grande variété de conifères et de plantes se plaisant à l’ombre. Le mémorial est situé au-delà du village de Bourlon, juste au sud de la route Arras-Cambrai, à trois kilomètres de Marquion.

Canal du Nord (19 8)

Le 3 septembre 1918, le lendemain de la percée de la ligne Drocourt-Quéant par le Corps canadien, on émettait une directive concernant une grande offensive alliée sur tout le front, de la Meuse à la Manche, quatre grands coups devant être portés aux points stratégiques. Les quatre attaques successives contre l’ennemi devaient avoir lieu chacune à un jour d’intervalle. Le deuxième assaut, qui devait être lancé le 27 septembre, était une opération conjointe de la Première et de la Troisième armées britanniques en direction de Cambrai et visait à capturer la partie nord de la ligne Hindenburg. Le feld-maréchal Haig ordonna à la Première armée de s’emparer du bois de Bourlon et de couvrir le flanc gauche de la Troisième armée, dans son avance sur Cambrai, pour ensuite se rendre jusqu’à Valenciennes. La capture du bois de Bourlon était confiée au Corps d’armée canadien, qui devait par la suite former un flanc défensif au nord-est de Cambrai. Plus au sud, la Quatrième armée britannique, appuyée par la Première armée française, devait entrer en lice le 29 septembre, pour assaillir la position principale de la ligne Hindenburg.Le premier obstacle que devaient surmonter les forces du général Currie était le canal du Nord. Parce que celui-ci était infranchissable dans le secteur nord du front canadien, sur la recommandation de Currie, la délimitation de la zone d’action du Corps fut prolongée de deux mille trois cent soixante-dix-sept mètres vers le sud. Currie prépara alors ses troupes à enclencher leur assaut initial à travers la région sèche entre Sains-lez-Marquion et Moeuvres. L’opération était compliquée, car elle posait le difficile problème du déplacement de tout le Corps à travers une étroite ouverture avant qu’il pût déployer ses quatre divisions sur un front qui devait s’étendre rapidement sur une longueur de plus de dix mille mètres.Au crépuscule du 26 septembre, les Canadiens se mirent à avancer. À minuit, ils étaient assemblés près de la partie sèche du canal, serrés les uns contre les autres pour se réchauffer, et ils étaient à la belle étoile pour la plupart. Le temps passa, mais il n’y avait aucun signe de contre-préparation de la part de l’ennemi. Tout à coup, comme l’aube pointait, un barrage d’ouverture illumina le ciel, forçant subitement l’ennemi à passer à l’action. Avant que l’ennemi puisse réagir, les premiers groupes d’hommes avaient déjà traversé le canal, et déployaient leur formation à partir de la tête de pont. Quoi qu’il en soit, les troupes d’appui subirent des pertes, car l’ennemi, conscient du danger qui le menaçait, avait soumis le lit du canal à un bombardement violent. Les résultats rendent justice aux qualités de général de Currie. II réussit à s’emparer du canal à un coût relativement peu élevé, mais, réussite encore plus importante, le bois de Bourlon, objectif primordial, était également tombé aux mains des Alliés.Les Canadiens ont ensuite poursuivi leur route pour aller libérer Cambrai. Après avoir quitté le front d’Amiens, le Corps libéra cinquante-quatre villes et villages étalés sur plus de trois cents kilomètres carrés en terre française. Au cours de ses rudes combats, le Corps a perdu plus de vingt mille hommes.Les Canadiens firent leur entrée dans Mons la nuit du 10 au 11 novembre. Le retour avait été long et pénible, et les dures années de guerre avaient été une expérience amère. Puis, à 11 heures, le 11 novembre, l’Armistice entra en vigueur, et les hostilités cessèrent.COURCELETTELe bloc de granit du Mémorial de Courcelette porte cette simple inscription :L’ARMÉE CANADIENNE PRIT UNE PART GLORIEUSE À LA RUPTURE DU FRONT ALLEMAND SUR CES CÔTES PENDANT LA BATAILLE DE LA SOMME 3 SEPT.-18 NOV. 1916Le Mémorial se dresse au milieu d’un parc circulaire, masqué de la route par de grands arbres. Plus de dix variétés d’érables ont été plantées en bordure de larges sentiers de gazon impeccablement entretenu. Le peu de couleurs vives et la prédominance des verts tendres font du parc commémoratif à Courcelette un lieu de recueillement.

La Somme

Lorsque le Corps d’armée canadien quitta le saillant d’Ypres pour se rendre dans la région de la Somme, au début de septembre 1916, Flers-Courcelette fut sa première bataille importante - un assaut de deux armées lancé par sir Douglas Haig, le 15 septembre.L’offensive commença à l’aube. Le Corps d’armée canadien attaqua sur un front de deux kilomètres près du village de Courcelette. Avançant derrière un barrage roulant (tactique nouvellement adoptée par l’artillerie), les fantassins étaient épaulés par des chars blindés, ces nouveaux engins de guerre qui, souvent, jetaient l’ennemi dans une confusion totale. L’assaut se déroula bien. Dès huit heures, les Canadiens s’étaient emparés du principal objectif, un bastion appelé «la sucrerie» et ils avancèrent jusqu’à Courcelette. De nombreuses contre-attaques furent repoussées et, le lendemain, la position était consolidée. II convient donc que le Mémorial, qui symbolise pour les Canadiens onze semaines de combats sur la Somme, se dresse à l’endroit même de leur première victoire lors de cette longue et coûteuse offensive.Au cours des semaines qui suivirent, les trois divisions canadiennes attaquèrent sans relâche toute une série de retranchements ennemis. L’ultime objectif était l’infernale tranchée Regina. Celle-ci résista à tous les assauts, et les nouvelles troupes qui relevèrent les trois premières divisions à la mi-octobre gagnèrent du terrain, sans toutefois réussir à s’emparer de la tranchée.La 4e Division, venue prendre la relève, eut à se battre dans d’affreuses conditions. Enfonçant dans la boue jusqu’aux genoux, les troupes tentaient de repousser l’attaque violente et meurtrière de l’ennemi. Or, le 11 novembre, malgré le barrage quasi impénétrable, la Division réussit à s’emparer de la tranchée Regina, qui ne formait plus qu’une légère dépression dans le sol crayeux. Une semaine plus tard, au cours du dernier combat de la Somme, les Canadiens avancèrent jusqu’à la tranchée Desire, faisant ainsi preuve d’une endurance et d’une bravoure peu communes. La 4e Division rejoignit ensuite le Corps d’armée canadien en face de la crête de Vimy.Les troupes ne gagnèrent plus de terrain cette année-là. Les pluies d’automne avaient transformé le champ de bataille en bourbier, immobilisant ainsi l’offensive. La ligne n’avait avancé que de dix kilomètres; les Alliés avaient subi six cent mille pertes, et les Allemands, deux cent trente-six mille. Les Allemands avaient bien raison d’appeler la bataille de la Somme das Blutbad-le bain de sang.La Somme avait coûté vingt-quatre mille vingt-neuf pertes au Canada, mais c’est là que les combattants canadiens affermirent leur réputation de troupes de choc acharnées. « Les Canadiens », écrivait Lloyd George, « se distinguèrent à un tel point à l’assaut que pendant le reste de la guerre on les utilisa comme fer de lance dans les grandes batailles. Chaque fois que les Allemands trouvaient en face d’eux le Corps canadien, ils s’attendaient au pire. » DURYÀ Dury Mill, à seize kilomètres au sud-est d’Arras, le Mémorial canadien de Dury préserve dans la pierre le souvenir de violentes opérations qui ont abouti à la percée de la ligne Drocourt-Quéant. Au centre d’un parc planté d’érables majestueux, se dresse le bloc de granit familier, sur lequel on peut lire d’un côté, en français, l’inscription suivante: L’ARMÉE CANADIENNE ATTAQUA L’ENNEMI À ARRAS LE 26 AOUT 1918, ENFONÇA SUCCESSIVEMENT TOUTES LES POSITIONS ALLEMANDES : PUIS LE 2 SEPTEMBRE BRISA ICI MÊME LA FAMEUSE LIGNE QUÉANT - DROCOURT RÉPUTÉE IMPRENABLE ET AVANÇA JUSQU’AU CANAL DU NORDCliquez sur l’image pour la voir dans un format plus grand (70 K)

La deuxième bataille d’Arras (19 8)

Après le succès allié lors de la bataille d’Amiens, du 8 au 11 août, une reprise de l’offensive sur un front étendu ramena les Canadiens à l’action, cette fois dans le secteur d’Arras avec la Première armée britannique. Sir Douglas Haig ordonna à la Première armée de frapper vers l’est à partir d’Arras, et le Corps canadien servit encore une fois de fer de lance à l’attaque. Le Corps se trouvait à cheval sur la route Arras-Cambrai, avec la Scarpe sur sa gauche. La mission confiée au commandant du Corps, le lieutenant-général sir Arthur Currie, était à la fois importante et difficile. Les Canadiens se trouvaient en face d’une série de positions défensives formidables que l’ennemi occupait en nombre tout en prenant avantage de la topographie. À environ quatorze kilomètres à l’est d’Arras, s’étendait la ligne Drocourt-Quéant. Les Allemands avaient dressé cette barrière impressionnante de tranchées profondes et fortifiées, d’abris bétonnés entourés de barbelés, afin d’empêcher les Alliés d’avancer vers la plaine de Douai.Les Canadiens se lancèrent à l’assaut avant l’aube du 26 août. La 2e division se tenait sur la droite, au sud de la route de Cambrai; la 3e division entre la route et la Scarpe: la 51st Highland Division, temporairement sous le commandement de Currie, sur la gauche, au nord de la Scarpe. Grâce à un puissant barrage d’artillerie et de mitrailleuses, l’attaque progressa avec succès. Tôt ce jour-là, la 3e division s’emparait de Monchy grâce à une habile manoeuvre d’encerclement. Sur la droite, la 2e division capturait dans l’après-midi les villages de Guémappe et de Wancourt. Dès la tombée de la nuit, la ligne canadienne s’étendait à quelque neuf cents quatorze mètres à l’est de Monchy après que le Corps eut repoussé plusieurs contre-attaques ennemies destinées à reprendre la ville dévastée.Dans ses ordres pour le 27, le général Currie ordonnait d’enfoncer la ligne Fresnes-Rouvroy, soit une avance de huit kilomètres. II fallut encore deux jours de pénibles combats pour parvenir à enfoncer le système de défense près de Boiry-Notre-Dame; et lorsque la bataille de la Scarpe prit fin le 30 août, des garnisons allemandes résolues s’accrochaient encore obstinément à des sections de la ligne Fresnes-Rouvroy. Pendant les trois premiers jours de la bataille, les 2e et 3e divisions avaient progressé de plus de huit kilomètres, sur un terrain difficile, accidenté et sillonné par un labyrinthe de tranchées âprement disputées, et avaient capturé trois mille trois cents prisonniers et un grand nombre de canons. Parmi les six mille tués ou blessés des deux divisions, se trouvait le major Georges Vanier, futur gouverneur général du Canada, qui perdit la jambe droite tandis qu’il commandait le 22e bataillon près de Chérisy.Après un bref répit, le général Currie lançait, le 2 septembre, son assaut sur la ligne Drocourt-Quéant. L’aube pointait déjà lorsque les blindés et l’infanterie s’élancèrent contre la principale ligne défensive ennemie dans l’ouest, derrière un puissant barrage. Au sud de la route de Cambrai, les bataillons de la 1re division progressèrent rapidement, à mesure que les chars détruisaient les postes ennemis et les barbelés qui avaient survécu au tir préparatoire de l’artillerie. Dès 7 h 30 du matin, un bataillon avait déjà franchi les principales tranchées, et se trouvait dans la ligne de soutien ennemie pendant qu’un autre bataillon passait à travers la ligne pour s’emparer du village de Cagnicourt. En dépit de leurs lourdes pertes, les Canadiens atteignirent leur objectif, soit l’embranchement de Buissy, avant minuit.Au centre, la 4e division canadienne, qui assumait la responsabilité de la majeure partie du front de la 4e division britannique, avait livré, elle aussi, un combat acharné. Entre Dury et la route principale, les premières tranchées de la ligne Drocourt-Quéant se trouvaient sur la longue arête exposée du mont Dury. Les Allemands criblaient de balles les pentes dénudées de cette montagne, de sorte que l’infanterie subissait toute la force du feu des mitrailleuses ennemies et, au sommet, le tir implacable d’autres mitrailleuses et les violents bombardements des batteries de campagne allemandes, placées à l’arrière. En dépit de leurs pertes croissantes les bataillons canadiens, fortement appuyés par les chars, atteignirent la crête dès le milieu de la matinée et expulsèrent l’ennemi d’une route encaissée reliant Dury à la grande route. Grâce à la chute de Dury après de durs combats, la 4e division canadienne avait atteint son premier objectif. Durant la nuit, l’ennemi se replia, et, le 3 septembre, le Corps canadien, ne rencontrant pas de résistance, avança de quelque six kilomètres pour prendre position face au prochain obstacle-le canal du Nord. Au cours des violents combats du 2 septembre, sept croix de Victoria furent attribuées à des Canadiens. La retraite forcée des Allemands s’opéra sur un large front - non moins de quatre armées allemandes se repliaient derrière la ligne Hindenburg tandis que deux autres se retiraient vers le nord. Telle était l’ampleur des succès canadiens sur la ligne de défense Drocourt-Quéant. Au cours des quatre premiers jours de septembre, le Corps canadien captura plus de six mille prisonniers non blessés et infligea de lourdes pertes à l’armée allemande. Ses propres pertes s’élevèrent à cinq mille six cents hommes.COTE 62Le Mémorial canadien de la côte 62 est un bloc de granit blanc du Québec, pesant près de treize tonnes. Ce bloc se dresse au centre d’un vaste cercle de pelouse au sommet de trois terrasses paysagées, dont chacune est ornée de massifs de roses flamboyantes en saison, et porte cette
inscription :
ICI AU MONT SORREL ET SUR LA LIGNE HOOGE-ST. ÉLOI LES CANADIENS COMBATTIRENT POUR LA DÉFENSE D’YPRES AVRIL - AOÛT 1916Du sommet des marches qui conduisent au Mémorial de la côte 62, le visiteur, s’il jette un regard vers le bois du Sanctuaire et Maple Copse le long du large éperon de la crête de l’Observatoire, peut voir à l’horizon le clocher de l’église d’Ypres, cinq kilomètres à l’ouest. Un grand nombre de pierres tombales canadiennes dans les cimetières de Maple Copse et du cratère de Hooge, tout près, portent une date du mois de juin 1916. Prélude à la bataille de la Somme (1916)Le Mémorial est un hommage au sacrifice et aux faits d’armes des soldats canadiens lors des combats meurtriers livrés durant cinq mois pour empêcher un ennemi opiniâtre de s’emparer des quelques derniers kilomètres carrés encore aux mains des Alliés en Belgique.Avant de s’engager dans la funeste campagne de la Somme, les Canadiens participèrent à des attaques locales dans le secteur méridional du saillant d’Ypres- s’étendant de Saint-Éloi jusqu’au nord-ouest de Hooge sur la route Ypres-Menin -dans le but de tenir les Allemands occupés.La 2e Division reçut son baptême de feu à la bataille de Saint-Éloi, sur un terrain déchiqueté de trous d’obus et de cratères inondés. Les Canadiens, qui portaient pour la première fois le nouveau casque d’acier, subirent mille trois cent soixante-treize pertes pendant treize jours d’attaques et de contre-attaques confuses pour s’emparer de six cratères de mines.Le baptême du feu de la 3e Division fut encore pire. Le matin du 2 juin, les Allemands montèrent une attaque pour déloger les Alliés des positions qu’ils occupaient au mont Sorrel, situé juste au nord de la route reliant Ypres à Menin. Déclenchant le plus violent bombardement jamais connu des troupes canadiennes, l’ennemi anéantit des portions entières de tranchées et les garnisons qui s’y trouvaient. Des corps humains, même les arbres du bois du Sanctuaire, étaient projetés dans les airs par les obus. Littéralement boutés hors de leurs positions, les hommes de la 3e Division résistèrent désespérément, mais furent finalement submergés par l’infanterie allemande. À la tombée du jour, l’avance ennemie était enrayée, mais trois hauteurs stratégiques, le mont Sorrel, ainsi que les côtes 61 et 62, étaient perdues. Une contre-attaque déclenchée le lendemain matin par les Canadiens échoua. Le 6 juin, les Allemands lancèrent une nouvelle attaque après avoir fait exploser quatre mines sur le front canadien et s’emparèrent du village de Hooge situé sur la route de Menin.Le lieutenant-général sir Julian Byng, nouveau commandant du Corps canadien, résolut alors de reprendre le mont Sorrel et la côte 62. II donna l’ordre à la 1re Division commandée par le major-général Currie de monter une attaque, qui cette fois serait soigneusement préparée et bien appuyée par de l’artillerie. Après un violent bombardement, les fantassins se lancèrent à l’assaut dans l’obscurité, le 13 juin à 1 h 30 du matin; il pleuvait et ventait. L’attaque, bien planifiée, s’avéra payante et les Canadiens reprirent les hauteurs perdues le 2 juin. Tel qu’il fut plus tard consigné dans le British Official History, la première attaque de quelque envergure, organisée et menée par les Canadiens, fut couronnée d’un succès complet. Les positions reprises par les Canadiens continueraient de faire partie de la ligne des Alliés devant Ypres jusqu’aux attaques massives des Allemands au printemps de 1918.Toutefois, les pertes furent lourdes : le Corps canadien subit huit mille quatre cent trente pertes au Mont Sorrel.LE QUESNELAu Quesnel, sur la route d’Amiens à Roye, le Mémorial canadien du Quesnel, fait de granit du Québec, rend hommage aux exploits du Corps canadien lors de la bataille d’Amiens, du 8 au 11 août 1918. Comme pour les autres mémoriaux, ses côtés massifs portent une inscription en anglais et une autre en français se lisant comme suit:L’ARMÉE CANADIENNE FORTE DE 100,000 HOMMES ATTAQUA L’ENNEMI LE 8 AOUT 1918 ENTRE HOURGES ET VILLERS - BRETONNEUX ET LE REJETA VERS L’EST SUR UNE PROFONDEUR DE TREIZE KILOMÈTRES Cliquez sur l’image pour la voir dans un format plus grand (26 K)Une longue avenue bordée d’érables conduit au monument, qu’entourent des massifs de conifères et une haie de houx. Les diverses teintes de vert que présentent les magnifiques arbustes de toutes sortes créent une atmosphère discrète, propice au recueillement.

La bataille d’Amiens (19 8)

Le 21 mars 1918, les Allemands ont subitement attaqué deux armées britanniques sur le front occidental. Cette nuit-là, ils on t percé complètement le front de la Cinquième armée. Or, le 5 avril, ils étaient retenus juste avant Amiens. Ils ont pu être ainsi retenus grâce à la brigade de cavalerie canadienne qui combattait à la fois comme cavalerie et infanterie (à pied). Retenus à Amiens, et n’ayant aucune percée entre les forces britanniques et françaises, les Allemands ont préparé des offensives ailleurs sur le front occidental. Les Américains avaient alors eu le temps d’arriver en force, et les Alliés étaient donc plus nombreux. Le temps était venu de passer à la contre-attaque. Le Corps expéditionnaire canadien comme tel n’avait pas participé à ces offensives. Haig avait ordonné aux Canadiens, une division à la suite de l’autre, de venir soutenir le front britannique qui s’effritait. Lorsque les offensives allemandes ont pris fin, les Canadiens ont pu envoyer sur le champ de bataille un corps bien structuré de soldats robustes, bien reposés et bien entraînés, prêts à jouer un rôle important dans les combats à venir.Pour la bataille d’Amiens, il était plus important de cacher à l’ennemi les intentions du Corps canadien plus que toute autre formation. Sir Basil Liddell Hart, éminent historien militaire britannique, a écrit à leur sujet: «Les considérant comme des troupes d’assaut, l’ennemi était porté à voir dans leur arrivée un signe d’une attaque prochaine.» Une fausse attaque fut donc lancée sur le front d’Arras, afin de berner l’ennemi, et, au tout dernier moment avant l’attaque réelle qui devait avoir lieu le 8 août, le Corps fut alors déplacé de nuit en direction sud vers Amiens. Le front de l’attaque s’étendait sur vingt-deux kilomètres et demi. Les troupes françaises composaient la moitié sud. La Quatrième armée désigna deux corps en vue de l’assaut, c’est-à-dire les Canadiens à droite et les Australiens à gauche, tandis que le 3e corps britannique gardait 1′extrême flanc gauche.L’attaque commença une heure avant l’aube du 8 août, et la surprise fut totale. Plus de deux mille canons ont soudainement illuminé le ciel en faisant feu en bloc, tandis que quatre cent vingt chars d’assaut, suivis de près par l’infanterie, ont soudainement été lancés sur le terrain enveloppé par une brume épaisse. Les canonniers allemands pouvaient trouver très peu de cibles, car les chars d’assaut, accompagnés par des hommes déterminés, détruisaient avec fracas leurs positions. L’artillerie ennemie, qui aurait peut-être été en mesure d’arrêter l’attaque en dépit du brouillard, avait été habilement neutralisée par le feu de contre-batterie. Les batteries ennemies ont rapidement été capturées avant même qu’un grand nombre d’entre elles aient eu le temps de commencer à tirer. Les minutes qui suivirent furent la guerre ouverte, et le rassemblement de cavalerie et les chars «whippet» ont profité de l’occasion pour effectuer une avance rapide. En ce premier jour de victoire, «le jour de deuil de l’armée allemande», comme l’ennemi vint à l’appeler, les Canadiens avaient avancé de treize kilomètres; les Australiens, de onze kilomètres; les Français, de huit kilomètres; et les Britanniques, de trois kilomètres. Les Allemands ont perdu vingt-sept mille hommes et quatre cents canons, de même que des centaines de mortiers et de mitrailleuses. Le Corps canadien avait capturé à lui seul cinq mille trente-trois prisonniers et cent soixante et un canons. De son côté, la Quatrième armée avait perdu neuf mille hommes, dont environ quatre mille du Corps canadien. La bataille d’Amiens se poursuivit jusqu’au 11 août.PASSCHENDAELESur les pentes surplombant les paisibles champs qui, aujourd’hui, forment la vallée de la Ravebeek, ce Mémorial canadien de champ de bataille se dresse à l’endroit même de la «ferme de la crête» où les soldats canadiens se heurtèrent à l’une des plus violentes résistances qu’ils connaîtraient pendant la guerre. Un gros bloc de granit canadien, érigé dans un bosquet d’érables et entouré d’une basse haie de houx, porte cette inscription :APRÈS AVOIR FRANCHI SOUS UN FEU MEURTRIER LA REDOUTABLE FONDRIÈRE QU’ÉTAIT ALORS CE VALLON, L’ARMÉE CANADIENNES’EMPARA DE CETTE CRÊTE ET S’Y MAINTINT OCTOBRE - NOVEMBRE 1917Du centre de ce parc commémoratif, on peut voir la silhouette effilée du clocher rebâti de l’église d’Ypres, qui se détache au bout d’une longue allée d’arbres.

Passchendaele (automne de 1917)

Après la victoire à Vimy, les Canadiens continuèrent leurs opérations dans la région d’Arras pour détourner l’attention des Allemands du front français et de l’offensive projetée dans les Flandres. Au cours d’une bataille qui aura du 15 au 25 août, ils s’emparèrent de la cote 70, hauteur stratégique dominant l’approche nord de Lens, et protégèrent la partie ouest de la ville. Le Corps canadien perdit à cette occasion neuf mille cent quatre-vingt-dix-huit hommes. Cependant, il gagna énormément de terrain et contrecarra les plans de l’ennemi, qui prévoyait envoyer de nouvelles troupes dans les Flandres.Plus au sud, l’offensive française déclenchée en Lorraine par le général Nivelle fut un véritable désastre. Perdant quelque deux cent mille hommes, l’armée française connut toute une série de mutineries qui la paralysèrent pendant des mois.En juillet, sir Douglas Haig, commandant des forces britanniques, déclencha dans les Flandres son offensive, qui devait aussi tourner au désastre; son plan était d’effectuer une percée et de s’emparer des bases sous-marines aménagées par l’ennemi sur la côte belge. L’offensive avait eu un heureux prélude à Messines en juin, mais cette réussite locale fut suivie d’un retard de plusieurs semaines.La seconde et véritable étape de l’offensive débuta par un bombardement d’artillerie d’une rare violence, qui non seulement alerta l’ennemi, mais aussi troua et pulvérisa le champ de bataille. Des pluies diluviennes tombées la nuit même transformèrent vite le terrain en un bourbier impraticable. Montant péniblement à l’assaut, les troupes britanniques se virent infliger des pertes effroyables par les mitrailleuses allemandes installées dans des casemates de béton.Pendant les quatre mois suivants, les gains sur le front d’Ypres furent négligeables. Au début d’octobre, bien qu’aucun des principaux objectifs ne fût tombé et que les forces britanniques fussent au bord de l’épuisement, Haig décida de tenter une nouvelle attaque. Le Corps canadien reçut l’ordre de prendre la relève des forces décimées d’Anzac dans le secteur d’Ypres et de se préparer à prendre d’assaut Passchendaele.Après avoir inspecté le terrain transformé en bourbier, le général Currie protesta auprès de Haig, estimant que c’était envoyer les hommes à la boucherie. Ses objections ne changèrent rien et l’attaque fut préparée avec le plus grand soin. Au cours d’une série d’assauts déclenchée le 26 octobre, vingt mille soldats pris sous un feu nourri avancèrent pouce par pouce, cratère par cratère. Puis, le 30 octobre, les Canadiens attaquèrent Passchendaele même, avec deux divisions britanniques. Ils atteignirent les abords dévastés du village par un violent orage et, cinq jours durant, tinrent ferme, souvent dans la boue jusqu’à la taille, sous une pluie d’obus. Le 6 novembre, lorsqu’arrivèrent des renforts, quatre assaillants sur cinq y avaient laissé la vie. En prévoyant seize mille pertes, Currie avait hélas vu juste. Les Canadiens avaient trouvé leur Golgotha à Passchendaele. Pas moins de neuf Croix de Victoria attestent la détermination héroïque et l’habileté avec lesquelles les soldats canadiens participèrent aux âpres combats de Passchendaele. SAINT JULIENVisible depuis plusieurs kilomètres, en bordure de la route principale allant d’Ypres à Bruges, l’impressionnant Mémorial canadien de Saint-Julien semble monter la garde auprès des morts, tel une sentinelle, pour rappeler la résistance héroïque des Canadiens durant les premières attaques aux gaz de la Première Guerre mondiale.Cliquez sur l’image pour la voir dans un format plus grand (67 K)Ce Mémorial est l’un des plus saisissants monuments de champs de bataille du front occidental. D’une hauteur d’environ onze mètres, ce simple bloc de granit, dressé au centre d’un parc dallé de pierre, est surmonté du «Soldat en méditation », la tête penchée, les épaules courbées, les mains repliées sur les bras retournés. L’expression du visage qui apparaît sous le casque d’acier est résolue mais sympathique, comme si ce soldat canadien méditait sur la bataille au cours de laquelle ses camarades firent preuve de tant de vaillance. Le Mémorial se dresse au centre d’un jardin entouré de cèdres géants taillés en cônes impeccables, qui s’harmonisent avec ce bloc élancé de granit. Le Mémorial a été dessiné par un architecte de Regina, monsieur Frederick Chapman Clemesha, qui fut blessé lorsqu’il servait dans le Corps canadien durant la guerre. La pierre de la base du Mémorial a été tirée des carrières des Vosges, tandis que le buste a été sculpté à Bruxelles.Le Mémorial de Saint-Julien fut dévoilé le 8 juillet 1923 par S.A.R. le duc de Connaught. Parmi les nombreux anciens combattants présents à cette cérémonie, se trouvait l’ancien commandant en chef des Armées alliées, le maréchal Ferdinand Foch. Rendant hommage à ceux que ce Monument voulait honorer, le maréchal déclara : « Les Canadiens ont payé cher leur sacrifice, et le coin de terre sur lequel se dresse ce monument de gratitude et de piété baigne dans leur sang. Ils ont écrit ici la première page du Livre de Gloire qui est l’histoire de leur participation à cette guerre » .L’inscription qui figure sur le Monument rappelle la participation canadienne à la deuxième bataille d’Ypres :ICI LES 22-24 AVRIL 1915 DIX HUIT MILLE CANADIENS DE LA GAUCHE BRITANNIQUE RÉSISTÈRENT VICTORIEUSEMENT AUX PREMIÈRES ATTAQUES DE GAZ DES ALLEMANDS 2 000 D’ENTRE EUX GLORIEUSEMENT TOMBÉS REPOSENT PRÈS DE CETTE COLONNE* Ypres (1915) Au cours de la première semaine d’avril 1915, les troupes canadiennes allèrent occuper, en avant d’Ypres, une portion de front faisant saillie dans les lignes alliées. Elles étaient flanquées, à droite, de deux divisions britanniques et, à gauche, d’une division française, le 45e Algérien.C’est là que le 22 avril, les Allemands tentèrent de percer enfin les défenses alliées en recourant à une nouvelle arme : le gaz toxique. Après un tir intense d’artillerie, l’ennemi relâcha cent trente-cinq tonnes de chlore dans une brise soufflant du nord-est. Le gaz vint se déposer en un épais nuage olivâtre au-dessus des tranchées françaises et mit les soldats en déroute; ceux-ci, démunis de toute protection et les poumons déchirés, s’effondrèrent ou prirent la fuite, laissant une brèche de six kilomètres dans les lignes alliées. Profitant de leur avantage, les Allemands menacèrent un moment de prendre les Canadiens à revers et d’enserrer cinquante mille soldats canadiens et britanniques dans un mortel étau. Heureusement, l’ennemi n’avait prévu qu’une offensive limitée et, comme ses troupes étaient insuffisantes, fut incapable d’exploiter la situation. Après une avance de trois kilomètres seulement, il s’arrêta et se retrancha.Les Canadiens manoeuvrèrent toute la nuit pour colmater la brèche. Ils organisèrent même une contre-attaque pour déloger l’ennemi de Kitchener’s Wood, chênaie située près de Saint-Julien. Le lendemain ils lancèrent deux autres contre-attaques pour s’emparer des positions ennemies. Ils ne gagnèrent que peu de terrain, et cela au prix de pertes extrêmement lourdes. Ces attaques leur donnèrent néanmoins un peu de répit pour colmater la brèche.La bataille de Saint-Julien allait être plus âpre encore. Le 24 avril, les Allemands déclenchèrent une offensive afin d’anéantir le saillant une fois pour toutes. Un autre violent bombardement fut suivi d’une nouvelle attaque au gaz, dirigée cette fois contre les Canadiens. Une furieuse bataille s’engagea alors au milieu des éclats d’obus et des balles de mitrailleuses; handicapés par des fusils qui s’enrayaient constamment, pris de violentes nausées et essayant tant bien que mal de se protéger du gaz avec des chiffons imbibés d’eau boueuse, les Canadiens n’en tinrent pas moins bon jusqu’à l’arrivée de renforts. C’est ainsi que dès leur premier engagement sur un champ de bataille européen, les Canadiens se firent une réputation de redoutables soldats. Cependant, la bataille avait coûté cher. En quarante-huit heures, le contingent canadien formé de civils hâtivement entraînés avait perdu six mille trente-cinq hommes, soit le tiers de ses effectifs. C’était un sombre aperçu de ce que réservait l’avenir. *Ces deux mille Canadiens reposent dans divers cimetières de guerre des environs.BEAUMONT HAMELDes cinq monuments commémoratifs érigés en France et en Belgique en hommage aux exploits du 1er Bataillon du Newfoundland Regiment, le plus imposant est le site de trente hectares à Beaumont-Hamel, neuf kilomètres au nord de la ville d’Albert. Ce site commémore tous les Terre-Neuviens qui ont pris part à la Première Guerre mondiale, particulièrement ceux n’ayant pas de tombe connue. Le site a été officiellement inauguré par le feld-maréchal Earl Haig le 7 juin 1925.Sur un monticule, entouré de pierres et d’arbustes indigènes de Terre-Neuve, se dresse le bronze d’un fier caribou, l’emblème du Newfoundland Regiment. Érigé à proximité de l’abri de l’état-major de la 88e Brigade, dont faisait partie le 1er Bataillon du Newfoundland Regiment, le noble caribou fait face aux anciennes positions ennemies, surplombant les tranchées et le terrain que le bataillon a franchis le 1er juillet 1916. Sur trois plaques de bronze à la base du monticule sont inscrits les noms des 820 membres du Royal Newfoundland Regiment, de la Newfoundland Royal Naval Reserve et de la marine marchande qui ont donné leur vie au cours de la Première Guerre mondiale et qui n’ont pas de tombe connue. [Signalons que plusieurs d’entre eux ont depuis été retrouvés et ensevelis dans des cimetières de la Commonwealth War Graves Commission.]Ouvert le 1er juillet 2001, le centre d’accueil présente la situation socio-historique de Terre-Neuve au début du XXe siècle et, grâce à des expositions, des souvenirs et des capsules vidéo, retrace l’histoire du Royal Newfoundland Regiment et de certaines de ses personnalités, depuis sa création en 1914 jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. Dans une salle commémorative du centre se trouvent un exemplaire du Livre du Souvenir de Terre-Neuve et une plaque de bronze énumérant les honneurs de guerre du Royal Newfoundland Regiment et rendant hommage aux disparus. La plaque a été dévoilée en 1961 par l’honorable Joseph Smallwood, alors premier ministre de Terre-Neuve.Le site est l’un des rares endroits, en France ou en Belgique, où il est possible de voir les lignes des tranchées d’un champ de bataille de la Première Guerre mondiale et le terrain avoisinant. On imagine facilement les difficultés et les risques liés au fait d’attaquer des défenses solides et tenues énergiquement sur un tel terrain et à certains aspects de la vie dans les tranchées. Des étudiants canadiens offrent des visites guidées ou expliquent des aspects particuliers du champ de bataille et de l’engagement de Terre-Neuve. Il est recommandé aux groupes importants qui souhaitent faire une visite guidée de réserver à l’avance.

Le premier jour des hostilités, la bataille de la Somme, 1916

Beaumont-Hamel est situé près de l’extrémité nord du front de quarante-cinq kilomètres auquel les Français et les Britanniques devaient donner l’assaut. D’abord annoncée pour le 29 juin 1916, après un bombardement d’artillerie sans précédent de cinq jours, l’attaque a été reportée de deux jours, soit au 1er juillet 1916, d’une part à cause du mauvais temps et d’autre part pour mieux préparer l’artillerie.À Beaumont-Hamel, la 29th British Division, avec ses trois brigades d’infanterie, la 86e, la 87e et la 88e, était aux prises avec des défenses particulièrement redoutables, tenues de pied ferme par les troupes expérimentées du 119th (Reserve) Infantry Regiment [soit une partie de la 26e Division de Wurttemberg (de réserve)], qui composaient cette partie de la ligne depuis près de vingt mois. On s’attendait néanmoins, avec une certaine assurance, à ce que le bombardement d’artillerie entame considérablement les défenses et le moral des Allemands. En réalité, bien que les tranchées aient subi des ravages considérables, en de nombreux endroits, le fil barbelé était demeuré relativement intact. Plus particulièrement, les défenseurs, à couvert dans de profonds abris, étaient en grande partie indemnes.Selon le plan de bataille, les quatre bataillons des 86e et 87e Brigades chargés de l’assaut initial s’avançaient vers les barbelés allemands à 7 h 30 - l’heure déterminée. De concert avec l’avance de l’infanterie, le bombardement d’artillerie lourde et moyenne devait porter contre d’autres cibles pour ne retenir qu’un tir de shrapnel et de mortier sur les positions avant de l’ennemi. Donc, comme l’infanterie d’assaut sortait de ses tranchées pour parvenir au fil allemand avant que les Allemands donnent l’assaut, une puissante mine ayant une charge de 18 500 kg a explosé à 7 h 20 sous une place forte allemande sur la crête Hawthorn (juste au nord du ravin en Y). Le but était de détruire une importante place forte ennemie, de saisir la bordure du cratère et de dominer les tranchées ennemies. Toutefois, la riposte allemande a été tellement vive que les troupes du 2e Régiment de fusiliers de la 86e Brigade, désignées pour prendre le cratère, ont été contraintes de défendre leur vie, incapables d’assurer le soutien prévu. Malheureusement, la mise à feu de la mine a averti les Allemands de l’imminence probable de l’attaque, de sorte que les troupes du 119th (Reserve) Infantry Regiment, sortant de leurs abris, se sont déployées dans la ligne de feu, à peine gênées par le barrage au shrapnel de l’artillerie de campagne. Les bataillons qui s’avançaient pour donner l’assaut, et qui étaient à peine engagés en terrain neutre, ont subi les tirs d’armes légères bien ciblés des carabiniers et des mitrailleurs. En même temps, l’artillerie allemande, ayant relativement échappé au contre-feu en batterie des Britanniques, a dirigé un barrage intensif vers les troupes qui avançaient ainsi que vers les lignes et les communications britanniques. Conjuguée à la dévastation en terrain neutre, cette attaque a eu pour effet de frapper les bataillons suivants, de créer des ravages dans les tranchées et de quasi paralyser les déplacements dans les tranchées des communications. Pour les bataillons pris dans le No Man’s Land lorsqu’ils avançaient vers leurs positions prévues pour donner l’assaut, la situation s’est aggravée à 7 h 30 lorsque le barrage au shrapnel a soulevé 100 verges (90 m) de la ligne allemande pour continuer à soulever 100 verges aux deux minutes vers les deuxième et troisième lignes allemandes. Sauf pour le flanc droit, que des éléments du 1er Inniskillings ont réussi à pénétrer de la 1re à la 3e lignes allemandes, l’assaut initial s’est effondré au fil allemand ou à proximité. Le plan prévoyait que la seconde vague de l’attaque (les deux autres bataillons de chaque brigade d’assaut) s’éloignerait de la ligne avant britannique à 7 h 30 lorsque les bataillons d’assaut atteindraient le fil allemand. Sur le flanc gauche, ceux de la 86e Brigade ont été retardés par le barrage défensif allemand « et ce n’est qu’à 7 h 55 qu’ils se sont mis en marche ». Sur le flanc droit, qui comprenait la zone maintenant occupée par le site commémoratif et une partie du redan Mary juste au sud, selon le Journal de guerre de la 87e Brigade : « Le 1er régiment du King’s Own Scottish Borderers (KOSB) et le 1er Border Regiment sont sortis de leurs tranchées de regroupement vers 7 h 35 et, avançant sous le feu très nourri des mitrailleurs, n’ont pas réussi à rejoindre les bataillons de tête si ce n’est les sections de tête du 1er Border Regiment qui se sont rendues jusqu’au fil allemand ».Retour a «  Le premier jour des hostilités, la bataille de la Somme, 1916 »

L’Avance de Terre-Neuve

Au quartier général divisionnaire, le commandant (le major général Beauvoir de Lisle) et son personnel tentaient de déchiffrer les nombreux messages confus en provenance des postes d’observation, des avions de combat et des deux brigades de tête. Selon les indications, des troupes avaient enfoncé et dépassé la première ligne allemande. Le commandant a donc ordonné à la 88e Brigade, qui se tenait en réserve, de faire avancer deux bataillons pour soutenir « l’attaque droite ». À 8 h 45, le 1er Newfoundland et le 1er Essex ont reçu l’ordre d’avancer indépendamment l’un de l’autre, d’occuper la première tranchée ennemie et de dégager vers l’avant jusqu’à la route de la station (derrière la 3e ligne de l’ennemi).Selon le plan initial, les Terre-Neuviens (et le 1er Essex) devaient avancer vers 10 h, percer les troupes des brigades ayant donné l’assaut initial et prendre le troisième objectif « les tranchées de la troisième ligne ennemie sur la crête de GRANDCOURT ». Mais, selon le récit qu’en fait le Journal de guerre des Terre-Neuviens, voici les instructions qu’ils ont reçu : - « 0845 -Reçu par téléphone ordres d’avancer avec le 1er Essex Regt et d’occuper la première tranchée ennemie - notre objectif se situant entre le point 89 et juste au nord du point 60 - et d’avancer vers la route de la station, déblayant les tranchées ennemies - et de procéder aussi rapidement que possible. Avons demandé à la Brigade si la 1re tranchée de l’ennemi avait été prise et avons obtenu une réponse négative : la situation ne s’était pas redressée. Avons demandé à la Brigade si nous devions passer à l’attaque sans tenir compte du Essex Regt et on nous a répondu par l’affirmative. » Les Terre-Neuviens se trouvaient sur St. John’s Road, une tranchée d’appui, 200 mètres derrière la ligne avant britannique et hors de la vue de l’ennemi. Comme les tranchées de communication étaient jonchées de cadavres et de blessés et étaient la cible d’un tir d’obus, le chef du bataillon, le lieutenant-colonel Hadow, a décidé de prendre immédiatement la formation d’attaque et d’avancer. Sur le flanc droit, le Essex Regiment était visible des positions allemandes à Thiepval de sorte qu’il a été obligé d’avancer dans les tranchées encombrées; il a pris sa position à 10 h 50 seulement. Les Terre-Neuviens étaient laissés à eux-mêmes, appuyés seulement par des tirs au mortier et à la mitrailleuse. Les Terre-Neuviens ont commencé à avancer à 9 h 15, se déplaçant selon la formation qu’ils avaient répétée, les compagnies A et B en tête de lignes de pelotons en une colonne ou en une seule file à intervalles de quarante pas et de vingt-cinq pas entre les sections, suivies cent verges plus loin par les compagnies C et D en une formation semblable. Quand ils ont atteint la ligne d’horizon derrière la première ligne britannique, ils étaient effectivement les seules troupes à se déplacer sur le champ de bataille et ils ont subi de plein fouet toute la colère du 119th (Reserve) Infantry Regiment qui tenait les positions devant ainsi que le feu de l’artillerie allemande.Nombreux sont ceux qui sont tombés avant de traverser la ligne britannique. Un plus grand nombre ont été frappés en se frayant un chemin dans les ouvertures des barbelés britanniques. Faisant preuve d’un courage exemplaire, les survivants ont repris leurs formations d’assaut du mieux qu’ils le pouvaient et, « le menton rentré comme s’ils marchaient dans un blizzard », ils ont continué jusqu’à la ligne allemande environ 400 mètres plus loin. À mi-chemin en descendant la pente, un arbre isolé marquait une zone où le feu ennemi était particulièrement concentré. Une représentation du squelette tordu de cet arbre appelé « l’arbre du danger » s’élève maintenant à l’endroit où tant d’hommes sont tombés en ce jour tragique de juillet.À 9 h 45, le lieutenant-colonel Hadow, qui avait assisté à la destruction d’une bonne partie du bataillon depuis son état-major à Sap 4, a informé le commandant de brigade (basé dans un abri tout près) que l’offensive avait échoué. De quinze à vingt minutes après avoir quitté la tranchée de St. John’s Road, environ 85 % de ceux qui s’étaient élancés vers l’avant étaient morts, mourants ou blessés. Un seul autre bataillon (le 10e West Yorks à Fricourt) a subi de plus lourdes pertes le 1er juillet 1916. Toutefois, pour de nombreux hommes, c’était loin d’être terminé. Des survivants isolés ont continué à charger les Allemands depuis le No Man’s Land, et environ quarante hommes, sous le commandement d’un certain capitaine G.E. Malcolm du 1er KOSB, ont tenté de poursuivre l’attaque, mais ils ont été contenus juste avant la ligne ennemie. Sur cet incident, le capitaine Malcolm, qui avait été blessé, a affirmé plus tard : « Je souhaite féliciter le Newfoundland Regiment pour sa formidable constance en de pénibles circonstances. »La tragédie n’était pas terminée pour le 1er Essex. Ces hommes avaient à peine pris leur position que le commandant divisionnaire a ordonné de mettre fin aux attaques. Cependant, vu les nombreuses difficultés auxquelles se heurtaient les communications, ils n’ont pas reçu le message. Les deux compagnies de tête ont tenté d’avancer et ont subi environ 250 pertes avant que leur commandant ne fasse halte. Seuls quelques blessés gisant dans le No Man’s Land ont pu tenter de se mettre à l’abri avant la tombée de la nuit, et bon nombre sont morts là où ils gisaient ou ont par la suite rendu l’âme sous le tir d’artillerie ou celui des carabiniers ennemis vigilants et des mitrailleurs 1. Plusieurs blessés n’ont été récupérés que quatre nuits plus tard. Entre-temps, les restes du bataillon ainsi que la réserve, qui avait été retenue, ont continué de tenir une partie de la ligne face aux contre-attaques allemandes prévues jusqu’à ce qu’on les relève le 6 juillet, subissant d’autres pertes dans l’intervalle, notamment celle de quatre officiers l’après-midi du 1er juillet. Lorsque la force de combat du bataillon a abandonné la ligne le 6 juillet pour aller se loger à Engelbelmer, elle comptait 168 membres non officiers. C’est là que, le 7 juillet, le lieutenant O.W. Steele a été blessé par des tirs d’obus; il est mort le lendemain. Les Terre-Neuviens ont occupé la ligne de nouveau du 14 au 17 juillet, avec une force alors composée de onze officiers et de 260 carabiniers. Le 27 juillet, avec le reste de la Division, ils ont pris le train pour aller se loger à Candas, le bataillon comptant alors 554 hommes.


1 Le triangle d’étain brillant que chacun portait au dos a aggravé la situation des hommes gisant dans le No Man’s Land. Ces marques devaient permettre l’identification par l’avion de liaison et par le détachement d’observateurs, mais elles signalaient également à l’ennemi tout mouvement des hommes qui gisaient blessés ou à couvert, selon ce qu’ils pouvaient trouver.


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Les pertes

Les pertes subies le premier jour de la bataille de la Somme totalisaient 57 470 hommes, et 19 240 ont été fatales. Le 30 juin 1916, le nombre de rationnaires du Newfoundland Regiment Battalion s’élevait à 1 044, tous grades confondus, y compris le personnel administratif et temporaire. La force de combat réelle comprenait 929 hommes, tous grades confondus, dont vingt-six officiers et 772 sous-officiers et militaires du rang déployés dans les tranchées. Un autre groupe composé d’un officier et de trente-trois sous-officiers et militaires du rang était rattaché aux compagnies de tir au mortier et à la mitrailleuse de la Brigade, tandis que quatorze officiers et quatre-vingt-trois sous-officiers et militaires du rang étaient retenus comme réserve et pour exercer des fonctions particulières. Pour autant que nous le sachions, 22 officiers et 758 sous-officiers et militaires du rang ont participé directement à l’offensive. De ce nombre, tous les officiers et un peu moins de 658 sous-officiers et militaires du rang sont à porter au nombre des pertes, mais les données exactes ne sont pas disponibles, car les pertes signalées sont celles de toute la journée. Sur les 780 hommes qui ont poursuivi, seuls 110 environ ont survécu indemnes, dont à peine soixante-huit ont répondu à l’appel le lendemain. Le 7 juillet, le Journal de guerre du bataillon précise que le 1er juillet, les pertes totales subies par le bataillon étaient de quatorze officiers et de 296 sous-officiers et militaires du rang tués, décédés des suites de leurs blessures ou manquants et jugés morts et que 12 officiers et 362 sous-officiers et militaires du rang étaient blessés pour un total de 684 hommes, tous grades confondus, sur une force de combat d’environ 929 hommes. Environ 14 blessés ont par la suite succombé à leurs blessures. Voici ce que le commandant divisionnaire a écrit plus tard au sujet de l’effort des Terre-Neuviens : « Ce fut un magnifique exemple de vaillance exercée et disciplinée, et son offensive a échoué parce que des hommes morts ne peuvent plus avancer. »

Le Newfoundland Regiment après Beaumont-Hamel

Dans les semaines et les mois qui ont suivi l’attaque, pendant que les officiers survivants écrivaient des lettres de condoléances aux familles et aux proches à Terre-Neuve, le bataillon a progressivement retrouvé sa pleine force de combat. Six semaines plus tard, il a repoussé une attaque allemande au gaz en Flandre. Par la suite, les hommes de ce bataillon se sont distingués à l’occasion de nombreux affrontements : de nouveau sur la Somme en octobre 1916, à Gueudecourt, en avril 1917 à Monchy-le-Preux au cours de la bataille d’Arras, où ils ont perdu 485 hommes en un jour, mais ont mis en échec une attaque allemande contre toute probabilité, puis en novembre 1917 à Masnières - Marcoing au cours de la bataille de Cambrai, où ils ont tenu bon héroïquement bien que débordés, enfin à Bailleul où ils ont stoppé l’avancée allemande en avril 1918. Après une période pendant laquelle ils ont été tenus à l’écart des opérations et ont servi de garde armée au quartier général principal à Montreuil, ils ont joint les rangs de la 28e Brigade de la 9e Division (écossaise) et ont de nouveau pris part aux combats à Ledeghem et, plus loin, à l’occasion des offensives des « cent derniers jours ». C’est au cours de ces derniers jours de la guerre que le soldat Tommy Ricketts du Regiment est devenu le plus jeune soldat de la guerre (il était à quelques mois de son dix-huitième anniversaire) et qu’il a obtenu la plus haute distinction de l’Empire pour sa bravoure, la Croix de Victoria.Les Terre-Neuviens se sont acquis une réputation inégalée comme bataillon inébranlable sans égard au prix à payer. Ils ne se plaignaient pas, ils croyaient à leur mission et s’en acquittaient avec courage, compétence et détermination. En reconnaissance de leur courage et de leurs exploits exceptionnels, le roi Georges V leur a attribué, au terme de la bataille de Cambrai, le préfixe « Royal », les renommant ainsi le Royal Newfoundland Regiment. De toute la guerre, ce fut la seule fois que cet honneur a été conféré et seulement la troisième fois dans l’histoire de l’Armée britannique qu’il a été accordé en temps de guerre. C’était un hommage à la mesure de ces hommes remarquables.L’estime qu’on témoignait aux Terre-Neuviens se constate à l’occasion d’un hommage spontané. En octobre 1918, le bataillon a été temporairement retenu à l’extérieur du hameau belge de Steenbeck. Sur le flanc droit, un officier à cheval s’est avancé vers eux au galop. Il s’agissait du brigadier-général Freyberg, V.C. À portée de voix, il s’est écrié : « Qui êtes-vous?
« Des Terre-Neuviens » lui a-t-on répondu. »
« Dieu soit loué! Mon flanc gauche est sauf », s’est exclamé le brigadier en faisant pivoter son cheval.
Le Royal Newfoundland Regiment a été démantelé en 1919. Toutefois, lorsque Terre-Neuve est entrée dans la Confédération canadienne en mars 1949, l’Union du Canada a convenu « de subvenir, dans la province de Terre-Neuve, aux besoins des unités de réserve compétentes des forces de défense canadiennes, lesquelles comprenaient le Newfoundland Regiment ». L’autorité par laquelle le Regiment s’est trouvé intégré au tableau d’effectifs et de dotation de l’Armée canadienne de réserve a été convenue en octobre 1949 et, avant la fin de l’année, le roi Georges VI a de nouveau approuvé l’attribution du titre de Royal.Retour a «  Le premier jour des hostilités, la bataille de la Somme, 1916 »

Beaumont-Hamel après juillet 1916

Après juillet 1916, le front de Beaumont-Hamel est demeuré relativement calme tandis que les grandes batailles de la Somme faisaient rage au sud. Puis, lors du dernier épisode des batailles de la Somme, le 13 novembre 1916, alors que s’amorçait la bataille de l’Ancre, Beaumont-Hamel a subi l’assaut de la 51st Highland Division. En moins d’une journée, tous les objectifs du 1er juillet de la 29e Division avaient été pris ainsi qu’un très grand nombre de prisonniers allemands, puis les combats se sont déplacés vers l’est sur la crête de Beaucourt.Le secteur du lieu commémoratif est alors devenu une zone arrière où les troupes logeaient dans les anciens abris allemands et où un camp a été établi à proximité du cimetière du ravin en Y (qui a également été ouvert au cours de la même période). En mars 1917, lors de la retraite des Allemands vers la ligne Hindenburg (ou Siegfried), à environ trente kilomètres de Beaumont-Hamel, les équipes chargées de récupérer le matériel sur le champ de bataille sont arrivées, de nombreux abris ont été condamnés et les premiers efforts ont probablement été faits pour remettre une partie des terres à leur état agricole initial. Toutefois, en mars 1918, l’offensive allemande Kaiserschlacht a été stoppée ici sur les mêmes lignes de bataille qu’auparavant. Jusqu’à la bataille d’Amiens et à la retraite allemande vers la fin d’août 1918, les protagonistes se sont affrontés sur le même terrain, bien que les seules interventions se soient résumées à la conduite courante d’opérations militaires de première ligne - des raids, des patrouilles et des manoeuvres d’intimidation de l’artillerie.Peu après la Première Guerre mondiale, le gouvernement de Terre-Neuve a acquis le terrain sur lequel le 1er Newfoundland Regiment avait fait son offensive héroïque. Une bonne part du crédit revient au lieutenant-colonel Tom Nangle qui, à titre de directeur de l’enregistrement des tombes et des enquêtes et de représentant de Terre-Neuve auprès de la Imperial War Graves Commission, a négocié l’acquisition du lieu avec quelque 250 propriétaires fonciers français. À chacun des cinq lieux commémoratifs terre-neuviens en Europe, il a joué un rôle de premier plan dans la planification et la surveillance des travaux en vue d’ériger la statue d’un fier caribou, l’emblème du Regiment, debout face à l’ancien ennemi, rejetant la tête en arrière en signe de défi. L’architecte-paysagiste qui a conçu les lieux et qui en a surveillé la construction est M. R.H.K. Cochius, originaire des Pays-Bas et habitant St. John’s, la capitale de Terre-Neuve. Les caribous sont l’oeuvre du sculpteur britannique Basil Gotto qui a également exécuté la statue « Fighting Newfoundlander », dont sir Edward Bowring a fait don à la population de St. John’s. Le lieu comprend trois cimetières tenus par la Commonwealth War Graves Commission, soit celui du ravin en Y, le cimetière no 2 de la crête Hawthorn et le lieu inhabituel d’inhumation collective du cimetière de Hunter. Près de l’entrée se trouve un monument commémoratif de la 29th British Division. Signalons particulièrement, au-dessus du ravin en Y, le monument commémoratif de la 51st Highland (Scottish) Division. Le terrain dont la commune de Beaumont-Hamel avait d’abord fait don aux anciens combattants de la 51e Division a été jugé instable en raison des nombreux abris situés au-dessous. Le lieutenant-colonel Nangle a donc offert l’emplacement au sein de ce lieu commémoratif qui surplombe le ravin en Y, le théâtre de certains des combats les plus acharnés qui ont été livrés le 13 novembre 1916. George Henry Paulin a été le sculpteur choisi. Le sergent-major Bob Rowan des Glasgow Highlanders (1/9 Highland Light Infantry) a servi de modèle pour la magnifique figure qui surmonte le monument commémoratif. Sur le devant se trouve une plaque portant l’inscription en gaélique : La a’Blair s’math n Cairdean. (Le jour de la bataille, les amis sont un réconfort). La croix de bois celte sur la voie qui mène au monument commémoratif a d’abord été placée à High Wood pour ensuite être déplacée au lieu de Terre-Neuve. Beaumont-Hamel a marqué au fer la conscience collective des Terre-Neuviens. Après la guerre, au premier anniversaire de la bataille, ils se sont réunis à Terre-Neuve et avec d’autres en France pour se remémorer le dévouement et le courage extraordinaires des hommes qui y sont tombés. Et il en est ainsi depuis. À l’intérieur des limites du lieu commémoratif, près d’un millier d’hommes ont été tués ou sont morts en ce seul jour fatidique du début juillet 1916. De ce nombre, de deux à trois cents sont ensevelis sous le gazon vert et les fleurs sauvages qui tempèrent l’austérité du lieu, notamment bon nombre des quelque cent trente Terre-Neuviens ayant pris part à cette offensive décisive et qui n’ont pas de tombe connue. Ainsi, maintenant comme alors, cet emplacement demeure un lieu de respect, de réflexion et de pèlerinage.À l’entrée de ce lieu commémoratif est inscrite dans le bronze une épitaphe composée par John Oxenham :


[Traduction libre]
Posez ici un pied léger -
Avancez avec révérence et lentement
Et même que votre âme s’agenouille
Et, la tête baissée et le coeur humble,
Efforcez-vous de saisir le gain futur de cette triste perte.
Car pas un pied de ce gazon froid et humide
Qui ne soit saturé du sang de ces hommes vaillants
Qui, pour leur foi, leur espoir, pour la vie et la liberté,
Ont fait ici le sacrifice.
Ici, ils ont donné leur vie et y ont renoncé de plein gré,
Pour vous et moi.
GEUDECOURTLe Mémorial terre-neuvien de Gueudecourt est situé juste au nord-est de Gueudecourt. On peut facilement voir, de la route Albert-Bapaume-Cambrai, le caribou mâle en bronze que le gouvernement de Terre-Neuve a érigé sur un monticule dans un petit parc de champ de bataille. Ce monument marque l’endroit où, en octobre 1916, les Terre-Neuviens jouèrent un rôle décisif dans la prise d’une place d’armes allemande appelée la tranchée Rainbow, rachetant ainsi la cuisante défaite à Beaumont-Hamel.

La bataille du Transloy (1916)

Le village de Gueudecourt est à cinq kilomètres directement au sud de Bapaume. C’est là que, le 12 octobre 1916, le Newfoundland Regiment déclencha son assaut héroïque pendant la bataille du Transloy, une des plus importantes batailles de la Somme.À son arrivée du nord, où elle avait passé dix semaines au saillant d’Ypres, la 88e Brigade, dans laquelle servait le Newfoundland Regiment, fut temporairement attachée à la 12e Division britannique, qui occupait Gueudecourt. Le 10 octobre, à la tombée de la nuit, les Terre-Neuviens occupaient un secteur de quatre cent cinquante mètres sur la ligne de tir, dans la banlieue nord du village. Lorsque l’attaque se déclencha à 14 h 05 le 12, les quatre compagnies terre-neuviennes avancèrent en ligne, avec le 1st Essex Battalion sur leur gauche. Mais les hommes se tenaient si près de leur barrage d’artillerie que plusieurs furent tués ou blessés par leurs propres armes de soutien. Les Allemands qui défendaient les tranchées de première ligne, forcés de se mettre à l’abri pour se protéger des obus, se virent rapidement engagés dans un combat corps à corps. Dès 14 h 30, les deux bataillons d’assaut de la 88e Brigade atteignaient leur premier objectif - la tranchée Hilt, sur la première ligne allemande.Comme les Terre-Neuviens progressaient vers leur dernier objectif, à quelque sept cent cinquante mètres de leur ligne de départ, ils furent obligés de revenir à la tranchée Hilt en raison du feu intense des mitrailleuses venant de l’avant et du flanc droit. Sur leur gauche, une vive contre-attaque ennemie força le 1st Essex à se replier dans la banlieue de Gueudecourt, laissant ainsi le flanc des Terre-Neuviens sans protection. Les équipes de bombardement terre-neuviennes dégagèrent la partie évacuée de la tranchée Hilt et s’en emparèrent puis, le front du bataillon doublant tout à coup de longueur, tous se mirent à creuser avec ardeur dans le dur sol de craie pour y construire un parapet et une nouvelle banquette de tir et, d’une façon générale, renverser la position occupée auparavant par les Allemands.En fin d’après-midi, la contre-attaque prévue se déclencha, mais le feu nourri des fusils et des mitrailleuses Lewis des Terre-Neuviens repoussa l’ennemi, qui subit de lourdes pertes. Les troupes épuisées défendirent la position contre d’autres attaques jusqu’à ce qu’un bataillon de la 8e Brigade prenne la relève, pendant la nuit, pour qu’elles aillent se reposer en réserve.Durant les cinquante-trois heures qui s’étaient écoulées depuis son arrivée dans les tranchées, le 10 octobre, le Newfoundland Regiment avait subi deux cent trente-neuf pertes, dont cent vingt tués ou morts à la suite de leurs blessures. Cependant, le régiment avait été l’une des rares unités de toute la Quatrième armée à s’emparer d’un objectif et à le conserver. « Ce succès » écrivit plus tard le commandant de la brigade, « est d’autant plus méritoire qu’il fut le seul véritable succès de cette journée. » MONCHY LE PREUXÀ neuf kilomètres à l’est d’Arras, le village de Monchy-le-Preux couronne une colline en forme de cône, à environ un kilomètre au nord de la route principale Arras-Cambrai. En bordure est du village, sur les ruines d’une fortification allemande, se dresse le caribou du Mémorial terre-neuvien de Monchy-le-Preux, le regard fièrement tourné vers la colline de l’Infanterie où, le 14 avril 1917, une poignée de valeureux Terre-Neuviens repoussèrent les contre-attaques massives de l’ennemi.Cliquez sur l’image pour la voir dans un format plus grand (50 K)

Colline de l’Infanterie (1917)

La rencontre eut lieu au cours de la grande offensive du printemps du feld-maréchal sir Douglas Haig, tandis que les Première et Troisième armées britanniques attaquaient sur un front de vingt-deux kilomètres à l’est d’Arras. La 88e brigade devait lancer une attaque de deux bataillons contre la colline de l’Infanterie derrière un barrage d’artillerie roulant. Le Newfoundland Regiment, sous le commandement du lieutenant-colonel James Forbes-Robertson, se tenait sur la droite, et le 1st Essex Battalion, sur la gauche.À 5 h 30 le 14 avril, les Britanniques ouvrirent leur barrage d’artillerie et les deux bataillons amorcèrent leur avance. Au bout de quatre-vingt-dix minutes, l’Essex s’était emparé de son secteur de la colline de l’Infanterie. Mais, pendant que les compagnies terre-neuviennes avançaient, elles furent balayées par le feu des mitrailleuses. Malgré de lourdes pertes, les Terre-Neuviens continuèrent d’avancer afin d’occuper les premières tranchées ennemies en face de la colline de l’Infanterie.Arrivés au haut de la colline, ils furent reçus par un nouveau bataillon ennemi. Deux autres bataillons allemands entrèrent en lice et les Terre-Neuviens furent contre-attaqués sur trois côtés. Une poignée d’hommes poursuivirent le combat jusqu’à ce qu’ils fussent tous tués ou capturés.À 10 heures, le lieutenant-colonel Forbes-Robertson apprit que pas un seul Terre-Neuvien n’était sorti indemne à l’est de Monchy, et que de deux cents à trois cents Allemands avançaient à moins d’un demi-kilomètre de là. Groupant rapidement tous les hommes disponibles de son état-major, il les conduisit sous le feu ennemi vers une tranchée dans la banlieue du village. Ils tirèrent aussitôt des rafales de feu sur les Allemands qui arrivaient, mais qui, croyant affronter une force supérieure, se terrèrent en grande hâte. Pendant les quatre heures suivantes, ces dix hommes déterminés représentèrent, selon le British Official History, «tout ce qu’il y avait entre les Allemands et Monchy, une des positions les plus vitales de tout le champ de bataille».Les défenseurs visèrent avec une extrême précaution afin que chaque belle comptât, tirant en particulier sur les éclaireurs ennemis envoyés pour étudier la situation; c’est ainsi qu’ils purent tromper les Allemands sur leur nombre si réduit. Ils furent finalement relevés au milieu de l’après-midi par des renforts britanniques arrivant à Monchy. L’ennemi tenta sans succès un dernier assaut sur Monchy, mais les grosses pièces de l’artillerie du Corps bombardèrent les zones de rassemblement allemandes au bois du Vert et au bois du Sart.Si Monchy fut sauvé, c’est avant tout grâce à l’héroïsme et à la détermination de dix hommes. Toutefois, les pertes du Newfoundland Regiment furent très lourdes ce jour-là, soit quatre cent soixante militaires de tous rangs, dont cent cinquante-trois qui furent faits prisonniers. COURTRAILe seul caribou commémoratif en Belgique se trouve au Mémorial terre-neuvien de Courtrai, juste en dehors de Courtrai sur la route de Gand. Érige sur un monticule de pierres, le caribou évoque le franchissement de la Lys par le Royal Newfoundland Regiment, qui relevait alors d’une division britannique. Aujourd’hui, on peut voir sur la base du Mémorial des traces de balles qui rappellent la dernière avance tragique du régiment pendant la guerre.La derrière offensive terre-neuvienne (19 8) Pendant la campagne de 1918, les opérations du Royal Newfoundland Regiment se limitèrent au secteur nord du front occidental. Lorsque les Allemands lancèrent leur grande offensive d’avril, le régiment participa à une action défensive dans la bataille de la Lys, ajoutant le nom «Bailleul», à ses décorations de drapeaux. À la mi-septembre, le bataillon fut attaché à la 28e brigade d’infanterie de la 9e (Scottish) division. II devait servir dans cette formation jusqu’à la fin de la guerre.Dès le premier jour de la dernière offensive, la 9e (Scottish) division de la Deuxième armée britannique, frappant vers l’est à partir d’Ypres, reprit les positions sur la crête de Passchendaele dont les Allemands s’étaient emparés lors de leur offensive du printemps. Au bout de deux jours, le bataillon terre-neuvien avait avancé de quatorze kilomètres et demi après avoir joué un rôle important dans la percée des positions ennemies sur le front des Flandres. Les opérations furent ensuite interrompues pour permettre le transport des approvisionnements et de l’artillerie lourde dans la boue de l’ancien champ de bataille dévasté dont les assaillants britanniques et belges étaient enfin sortis.À la reprise de l’offensive, le 14 octobre, commença ce qu’on appela la bataille de Courtrai. Dans le cadre d’une avance générale sur Gand, trois corps de la Deuxième armée, au nord de la Lys (ou Leie), furent chargés de s’emparer de la ligne de cette rivière jusqu’au-delà de Courtrai (ou Kortrijk), afin de pouvoir établir des têtes de pont sur la rive sud. La 9e division, sur le flanc nord de l’Armée, devait parcourir la plus longue distance. L’objectif du Royal Newfoundland Regiment, un chemin de fer allant vers le nord à partir de Courtrai, se trouvait à huit kilomètres de la ligne de départ.L’attaque se déclencha le 14, à 5 h 35 du matin. Au cours de leur avance, les Terre-Neuviens se heurtèrent à plusieurs casemates allemandes qui menaçaient de les immobiliser. La situation devint même critique, lorsque les compagnies de tête furent paralysées par des canons de campagne allemands, installés dans des maisons à quelque centaines de mètres sur le flanc droit. Comme un peloton terre-neuvien s’avançait pour essayer de contourner la batterie allemande, le soldat Thomas Ricketts, d’un détachement de mitrailleuses Lewis, manifesta énormément d’initiative et d’audace en engageant l’ennemi avec son tir précis, alors qu’à un moment donné il dut reculer de quatre-vingt-dix mètres sur un terrain balayé par les balles ennemies pour se réapprovisionner en munitions. Le tir de Ricketts mit l’ennemi en déroute, et le peloton put ainsi saisir les quatre canons de campagne, quatre mitrailleuses et huit prisonniers, sans subir aucune perte. Pour sa bravoure, le soldat Ricketts, alors âgé de dix-sept ans seulement, devint le plus jeune décoré de la Croix de Victoria de toute l’Armée britannique. Au crépuscule du 14, le Royal Newfoundland Regiment avait fait cinq cents prisonniers et pris quatre-vingt-quatorze mitrailleuses, huit canons de campagne et une grande quantité de munitions. Mais ces gains ne furent pas obtenus sans de lourdes pertes. Le lendemain, à l’aube, le bataillon ne pouvait plus compter que sur trois cents fusiliers.D’autres tentatives distinctes par trois divisions en vue d’établir des têtes de pont sur la Lys canalisée, les 16 et 17 octobre, pour avancer vers l’Escaut, échouèrent devant la résistance opiniâtre des Allemands. Finalement, dans la nuit du 19 au 20 octobre, trois divisions déclenchèrent avec succès un assaut en règle, et les Terre-Neuviens purent franchir la rivière en radeau avant l’aube du 20.

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